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 Ennemis d'infortune.

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— MEMBRE ≡ The lonely wolf —
≡ avatar : Mads Mikkelsen
≡ inscrit le : 10/11/2015
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≡ métier : Président d'une multinationale d'audiovisuel et du 7ème art (Galaxy Drop), Investisseur & Dénicheur de talents.
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MessageSujet: Ennemis d'infortune.   Dim 15 Nov - 22:17






Milieu d'année 2013.



L
e fauve se prélasse, moustaches frémissantes à la quiétude de son antre. Sa crinière escarbille flirte avec ses tempes, ses pattes antérieures sont croisées sur le luxueux repose-pieds qui borde le bureau anthracite, son pourpoint se soulève paisiblement. Un ronronnement rauque s'échappe presque de son gosier tant il apprécie l'accalmie oisive, bercé par une luminescence diurne à la fois douce et réchauffante. C'est le genre de répit que l'on ne trouve qu'extramuros, à mille lieue du charivari des grandes villes auxquelles il a pourtant pris marotte. L'effervescence de New York ne lui manque point tant, là-bas, tout y est trop, tandis qu'ici, l'on s'énamoure seulement de ce que la nature a à offrir. Ses prunelles opaques suivent une course régulière, elles vont et viennent, sur les lignes d'encre noirâtre qui ornemente la page sur laquelle il se focalise. Ses phalanges saisissent précautionneusement la feuille, elles la tournent, et il poursuit sa lecture indiciblement chronophage. Tant et si bien enivré que le tapage de la menace ne vrombit que trop tard à ses tympans, et à peine a t-il le loisir de redresser le menton que l'on enfonce la porte de son office pour s'y engouffrer sans aucun décorum.

« Redonne-le moiiii ! » Les deux lutins galopent dans la pièce, le second traquant vraisemblablement le premier qui, matois, se gondole d'éclats hilares. Le tintamarre essouche un peu trop brutalement la tranquillité du patriarche dont les sourcils se froissent. Mais il reste immobile. Il reste flegmatique. Spectateur mutique de la pittoresque vaudeville qui prend forme devant ses yeux. « J'te fais faire un peu d'exercice ! Allez, vas-y, attrape ! » L'éphèbe n'a qu'à tendre son bras au plus haut pour mettre l'objet de toutes les convoitises hors de portée de la nymphette qui, bon gré mal gré, s'échine à le récupérer, sans y parvenir. Elle râle, et finit par obvier son attention sur le quidam dans son fauteuil. « Papa, dis-lui qu'il arrête ! Hé, il a le droit de savoir que sa petite dernière va lui ramener un beau-fils. » Ledit paternel se fend d'un mime curieux, mais ne prononce mot. Il contemple sa progéniture qui reprend le différend de plus belle, et il faut plusieurs secondes avant que le phonème guttural du géniteur ne s'impose. « Sur le dos satiné des molles avalanches, mourante, elle se livre aux longues pâmoisons, et promène ses yeux sur les visions blanches qui montent dans l'azur comme des floraisons. Quand parfois sur ce globe, en sa langueur oisive, elle laisse filer une larme furtive, un poète pieux, ennemi du sommeil, dans le creux de sa main prend cette larme pâle, aux reflets irisés comme un fragment d'opale, et la met dans son coeur loin des yeux du soleil. » Les deux grands enfants se stoppent, hagards, et seule la damoiselle ose la conjecture. « … Jacques Prévert ? Charles Baudelaire, jeunes incultes. C'est un recueil de ses meilleurs poèmes, et vous avez interrompu ma lecture. » Il ferme l'opuscule et le pose non loin de lui, puis se lève, et rejoint le binôme « Joshua, quel âge as-tu pour encore voler le journal intime de ta soeur ? » Il récupère, sans opposition aucune, le livret personnel et le tend à sa propriétaire. « Quant à toi, Hannah... qui est ce garçon dont ton frère parle ? » Hannah s'empourpre tout de go, à demi cachée au revers de ses épaisses lunettes, et balbutie. « R... rien ! C'est... c'est personne... ! » Et la donzelle de faire volte-face et de s'enfuir, sous les oeillades coites des hommes de la maison. William se tourne alors vers son fils, qui hausse les épaules. « Baaah, juste un mec sur lequel elle a flashé. Encore. »

Le pater se frotte évasivement la barbe. Sa fille est taillée dans le cristal, quand bien même est-elle entourée de son frère, de sa jumelle et de ses amis, il ne peut ravaler une inquiétude acide quant à ses toquades qui n'en finissent pas. Joshua s'apprête à retourner vaquer à ses occupations, mais il se fait aussitôt interpeller. « Pas si vite jeune homme. Si tu embêtes ta soeur c'est que tu n'as rien de mieux à faire, et dans ce cas tu vas venir avec moi. Où ça ? Au chalet. La construction a bien avancé, j'aimerais que tu vois ce qui a déjà été fait. Oh, d'acc. J'vais chercher ma veste, on se retrouve en bas. » Il file au petit trot, tandis que son père s'apprête aussi pour sortir.

Le binôme Washington se met en route, sortant des murailles uniquement arborescentes de Blackwood pour s'aventurer dans ses sculpturales montagnes. Vingt ans qu'ils sont citoyens de ces landes de charme, et pourtant, l'idée d'une douillette propriété dans les hauteurs n'a que très récemment germé dans l'esprit des parents. Aussi commune paraît l'initiative, aussi ardue fut-elle à faire accepter – et si William jouit aujourd'hui de tous les droits pour ce faire, il s'est attiré l'hostilité des familles les plus puritaines des environs. Fichus natifs. Sur lesquels il ne pose que calots dédaigneux, car celui qui l'empêcherait de faire ce que bon lui semble n'est pas encore né. Preuve en est, la construction du fameux chalet s'est entamée et se poursuit à grandes enjambées, sur un site reculé et intime. Et pour s'y rendre au plus vite, le businessman s'est littéralement offert le luxe d'un téléphérique, lui aussi en pleine mise en place. Une altération de la magnificence environnementale pour certains, un simple détail décoratif pour le principal intéressé.
A la suite d'un long moment de conduite, la voiture se stationne à l'orée du chantier, où s'esquinte de très nombreux ouvriers, accompagnés de hautes machines en pleine besogne. Joshua est le premier à sortir, empressé de s'approcher et talonné par son géniteur, qui en profite pour saluer le chef d'orchestre des lieux et échanger quelques mots avec lui. Ils ergotent respect des plans, suggestions d'améliorations et potentiels problèmes rencontrés – mais dans l'ensemble, tout se passe comme initialement prévu, et le pavillon tout de beau bois devrait être achevé dans les temps. Soudain, les perles obsidiennes du président d'FMN capte les singeries de son descendant, qui s'essaie manifestement à attirer son attention. Il s'excuse auprès de son interlocuteur, qu'il abandonne pour rejoindre l'adonis.

« Dis, le gars là-bas, c'est un inspecteur des travaux pas finis que t'as engagé ? » Il désigne un individu d'une mouvance du crâne. Celui-ci est vêtu tel un civil lambda, il contemple le chantier d'un oeil critique, mais guère celui d'un professionnel. « Non... mais je l'ai déjà vu quelque part, il ne m'est pas inconnu... Si c'est juste un curieux il n'a rien à faire là, je vais le lui dire. Josh ! » Trop tard, le jeune homme s'est élancé, et en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, il se retrouve devant ce qu'il estime être un badaud, auquel il s'adresse avec courtoisie quoi que fermeté. « Bonjour M'sieur ! Désolé mais c'est une zone privée ici, vous pouvez pas rester. On est en plein chantier en plus, allez pas vous faire blesser. » Un sourire aimable pend à ses lèvres, alors que dans son râble, le haut galbe de William les rejoint. Il plisse les paupières, circonspect, et tente de mettre un nom sur ce faciès qui ne lui est définitivement pas étranger.

_________________

by the light of this lonely lantern I hold aloft,
I'll safeguard the wandering and lost
I'll keep you in my sight, I'll ward away the dark and fright. I'll keep you from harm within my arms, hat circle round your shaking form. No need for tears or wide eyed alarm, my arms will shield you from the storm.
 
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